Morceaux choisis de Michel VALPREMY (extraits)

1991

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MICHEL VALPREMY - MORCEAUX CHOISIS
1991
Edition commentée avec Notes, Notices bio-bibliographiques, Jugements, Exercices, et une introduction par François Huglo
Illustrations de Jacques Abeille, Luc Lauras, Michel Valprémy
 

Dans la nuit des germinations le chemin de l’étoile est un lit renversé.
Michel Valprémy
 


TABLE DES MATIERES
 
NOTICE
Introduction
par François Huglo
Chronologie
Bibliographie
BLANC CASSÉ
L’INSTANT CRUCIAL
OU LA MOUCHE DU LAIT
LA LYRE, LES PORCS
LAïS A SA FENÈTRE
PORCHAISON
“délivre-moi Oreste...”
ARRIÈRE-MONDE
LA BOUE
LE DISTINGUO
POÈMES !!!
CHICHI, LE CHEVALIER TREMPÉ
POËMES INGAMBES
ALMANACHS
LA REINE DES GUÊPES
POUR LA BOUCHERIE,
VERDUN VALAIT BIEN L’INDOCHINE
CORPS & AUTRES
LE JEUNE HOMME, LA MÉDUSE
NOTICE (suite)
Entretien
Sujets de Devoirs, par François Huglo
Jugements des contemporains
Table des Matières
 
 

 
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CHRONOLOGIE (1)
 




1947
Naissance le 3 juin 1947, à Tocane-Saint-Apre (Dordogne), de Michel, Angel, François Valprémy, fils d’Abel Valprémy et de Ginette Dumias, tous les deux fonc­tionnaires des P.T.T. Un frère aîné, Pierre, Roger, Arnaud, a vu le jour le 7 Mai 1946, le benjamin, Jacques, André, naîtra le 9 octobre 1949. L’été 47 fut particulièrement chaud.
1950
Pour le Noël des P.T.T., son père lui offre de la pâte à mode­ler ; ses frères reçoivent chacun une locomotive.
Sa toute petite enfance est heureuse. Ses parents habitent Pé­rigueux, mais les dimanches, les jours fériés, les petites et grandes vacances se passent dans la campagne du Ribéracois, le plus souvent chez ses grands-parents paternels, Angel et Marie, dite Texille. “Imagine — et je n’invente rien — ce petit village, Douchapt, une centaine d’habitants, où, chaque jour, je côtoyais des pupilles de l’Assistance, des réfugiés polonais, espagnols, des demi-fous (dont un conteur salace), un nain, une sourde-muette, une bossue, des sourciers, des sorciers, une femme au mauvais œil, un curé alcoolique... Je les côtoyais, je les aimais. Imagine la vieille ferme, le tas de fumier devant la porte, les ca­binets de l’autre côté de la route, imagine les granges pleines d’odeurs, les remises, les écuries, les labours, les vendanges, les oies que l’on gardait au soleil couchant...” (Lettre à Joëlle D.). Il vouera un amour sans faille à sa grand-mère Texille, la Reine des guêpes, qui décèdera nonagénaire en 1979. Dans sa bourgade na­tale vivent les grands-parents maternels. Siméon Dumias est couvreur-plombier-zingueur ; sa femme, Germaine, cou­turière, tient aussi boutique de quincaillerie où les clous, les vis, les bou­lons voisinent avec les coupes et les vases en faux vénitien. Une grand-tante du côté maternel, Berthe, avait épousé André Savignon, voyageur, journaliste, homme de lettres, prix Gon­court 1912 (Filles de la pluie).
Opération d’un phimosis (fimo quoi?). Le bistouri, le pus, le sang le chassent du paradis(2) . “Chaque minute, j’inventerai de nouvelles combines pour que personne ne s’aperçoive du mal­heur” écrira-t-il dans le second Maïs.
1955
Il apprend la danse classique avec Pierre Chatel, jeune dan­seur de l’Opéra de Paris paralysé par la sclérose en plaques. “Il était beau, extrêmement sévère pendant les le­çons... Je me sou­viens de son odeur d’urine et de tabac froid. J’aimais cette odeur, elle m’écœurait.” (Journal). Il se pas­sionne aussi pour la mu­sique, pour l’opéra et voit sa pre­mière Dame aux camélias qui restera son héroïne de prédilec­tion.
1958
Obésité ; “transformé d’un seul coup, d’un seul, en montgol­fière géante.” On le surnomme Bouboule, plus ra­rement Grasa­lard. Dégoût du corps. “Il vivait tout habillé de noir, dans une chambre aux volets fermés et sale comme un peigne”, raconte sa mère. Passable et médiocre sont les deux pôles de sa scolarité. Il ne danse plus, n’écrit pas, ne lit pas. La musique toujours l’accompagne.
1965
Il commence à tenir un Journal, à écrire des poèmes, de court récits qui furent, pour la plus grande part, détruits. Guérison. Crise mystique. Lectures d’ouvrages ésotériques.
1967
Premier séjour en Italie, à Florence et Venise, “un éblouis­sement”. Il y retournera fréquemment par la suite. Il n’a pas l’âme d’un grand voyageur. Il se rendra par trois fois au Maroc, à Tanger où vit son frère aîné et sa famille (voir Balek et Flashes). Il visitera l’Espagne, l’Egypte, la Hol­lande.
1968
Il habite Bordeaux et “suit” les cours de la Faculté de Lettres (section Lettres Modernes). Période de grande libéra­tion per­sonnelle. “Dès que je quittais l’obscurité de ma chambre, mon enthousiasme intérieur était tel que j’admirais sans plus de ré­serve les effets de ce qu’il était convenu d’appeler le progrès tout aussi bien que les dogmes du vieux monde.” (texte inédit). Il avoue avoir participé aux manifes­tations de mai “comme en queue de cortège”, et jugé que “le meilleur du temps se vivait sur les pelouses”.
1971
Le 25 juillet, son père se noie auprès de(3) lui sur la plage d’Hossegor. “Le jour était si clair qu’il tremblait.”
Il termine son mémoire de Maîtrise : Gide et la peinture.
1972
Il entre dans le corps de ballet du Grand-Théâtre de Bor­deaux. Il y restera jusqu’en 1984. L’impossible rêve ne l’est plus. Il travaillera avec les artistes mythiques de son enfance : Wladimir Skouratoff, Yvette Chauviré, Colette Marchand, Jean Babilée, Serge Lifar. La famille du théâtre, “vacharde” et chaleureuse, lui ouvre de nouveaux horizons, ceux de la fête, de la vie nocturne et interlope.
1975
Il achète avec Claude Martin une ancienne bâtisse du Li­bour­nais, au lieu-dit Robin, qui deviendra un rendez-vous d’artistes.
1981
Premières publications dans Apostrophe Magazine (Mathias Lair) et Minuit (Mathieu Lindon).
1982
Le 30 octobre, dans les caves de la Galerie du Fleuve, il parti­cipe, le corps peint par l’artiste, à un rituel, Scarifica­tion, de Jean-Philippe Thomasson, avec les saxophonistes Daniel Kientzy et Eric Tallet qui jouent une composition de Marc Tallet.
1983
Il découvre l’œuvre de Luc Lauras. Son admiration ne fléchira pas. Grâce à des rencontres décisives, Katia Feijoo d’abord, puis Sylvie Couderc, il se passionne pour la pein­ture contemporaine.
1984
Didier Moulinier l’invite à participer à l’aventure de Chats Avalanches et de La Poire d’Angoisse. Il réalise ses premiers dessins et collages dont les fameux bittus(4) , pe­tits personnages étiques et farceurs.
Il enseigne la danse classique.
1985-1989
Nombreuses publications. Il participe aux rencontres or­ga­nisées par Alain Gibertie, Didier Moulinier, Françoise Fa­vretto et Robert Varlez, Dan et Guy Ferdinande. Il se lie d’amitié avec Christine et Thierry Dessolas, avec Jean-Pierre Bobillot et Syl­vie Nève qui seront ses premiers lecteurs pu­blics (La Reine des guêpes, les Amis de M25, Saint-Quen­tin-de-Caplong, été 1986). Bob & Nèv créeront, à Robin, leur Orlando Moroso, le 23 juillet 1988 et signeront la pré­face de Rose, Raoul et Courte-Queue (Editions Deleatur).
1991
Il s’intéresse à l’archéologie de la préhistoire, “un but aux promenades”. Le 3 juillet, à Robin, Jean-Pierre Bobillot dit : “Michel Valprémy, deux points, écrivain archaïque”.


(1) La chronologie et les notes de ces Morceaux choisis ont été rédi­gés par Joëlle et Pierre D., amis de l’auteur, pendant l’été 1991.
(2) Sic. (Note de l’auteur).
(3) “auprès de” remplace “avec” désormais, depuis une remarque judicieuse et bénéfique de Sylvie Nève.
(4) Dénomination due à Christophe Petchanatz, qui ajoutait : “Je mets deux t à bitte, parce que ça fait plus poignant.” Ces person­nages disparaîtront avec La Poire d’Angoisse.
 


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PORCHAISON (1)
 



Je lui ordonne de faire le cochon; pas pour rire ou me mo­quer; pour voir. Il pleut partout depuis des mois, dans les chambres, sur les lits, les tapis. Le vioc, il a cent ans, ne se fait pas prier. Il applaudit, trépigne. Je suis la poupée qui parle, le baigneur nu d’une fillette impatiente, l’os à mœlle d’un gros chien pas méchant.
(Déjà dodu l’animal! Il y a du rouge baiser, des lunes cerise sur le petit boudin de lait. Rejoins tes frères, trois ou douze à dis­puter du sein, des té­tines. Ô mon pécari, mon babiroussa, ma fleur de lis, ma France! Pro­fite, profite!)
Va-t-il me border? Me dévorer? Le vétéran, il a mille ans, ôte ses frusques avec des gestes de sacristain; la précaution, les plis. Il froisse son nez, tire la langue. Il veut garder ses chaussettes. Est-il pied-bot? Ne veut-il pas illico montrer ses onglons? Ne se lave-t-il que tous les trente-six du mois? Les soies luisent sur son poitrail et jusque sur l’épaule, le cuis­sot. Rien ne tirebouchonne sous la bedaine, rien ne se tend.
(Petit salopard salit le fond de sa culotte. Ce sera museau dedans comme le chat captif qui appelle ses belles. Ô mon marcassin, mon goret, gentil pourceau, pourriture de ma vie!)
A quatre pattes, le vieux schnoque grommelle; ses seins pendent comme ceux d’une truie pleine et ça ballotte un peu. Je ne touche pas, je me retiens; l’espoir le prendrait à la gorge, le tuerait trop vite, plus que la gitane papier maïs.
(Au charbon, au pétrin! Les doigts souillés tritu­rent le corps du pain. La langue fouille l’orifice dans le mur et lèche le bord coupant de la caisse aux sardines. La fourche pas fraîche des gamines palpite; la surprise, le danger. Ô mon pigeon, mon bonhomme hardi, ma très grande faute!)
Il n’a plus d’âge, et si rose. Les sangliers m’émeuvent, les solitaires. Je lui désigne son territoire de chasse, de l’orteil à la ceinture. Plus haut et il sera battu, ligoté sur sa chaise percée.
(Sans sagesse, de mardi gras à la Toussaint, sans poils. Les gnons portent leurs fruits, le poison. Ingrat le patapouf bou­deur. La colère brise le cen­drier neuf, déchire les draps, les com­pliments sur papier moiré. Porca miseria, Ô ma fille in­fecte, ma gâcheuse,(2) ma pouf­fiasse chérie!)
Un cinq à sept complet; son groin fouisseur au cœur du re­mugle; les coups de boutoir, la morsure des broches m’interdisent le rêve. Je me dis que le sommeil, après, sera profond. Des visages inaccessibles, frais, des enfants parfois clignent de l’œil et fondent dans la brume — Ô mon poulet de grain, mon oie grasse, ma sangsue!
Je lui ordonne de prendre le coutelas, de me saigner pour de bon — Ô!
 

(1) Publié dans Plis, “Ecrits du Sud-Ouest”, mai 1987.
(2) Cf. Chichi, le chevalier trempé : “Fils! ma gâcheuse, t’es trop beau pour puer comme ça!”



LE JEUNE HOMME, LA MÉDUSE (1)
(extraits) (2)
 
Le jeune homme en bleu
La campagne est brumeuse ce matin. Le train roule depuis peu dans la brume stagnante d’octobre. Par la vitre, je vois un jeune homme marcher sur le bord d’une route. Je ne distingue très nettement que la couleur bleue de ses vête­ments, une combinaison peut-être. Ce jeune homme en bleu dans la brume me fait mal.
Je ne m’attendais pas à être surpris. J’ai progressive­ment désappris de m’étonner d’une apparition prévue ou for­tuite. Je crois avoir réussi. Je vis dans un monde plan. Le ri­deau est tombé. Je nourris mon corps, je le lave, l’habille, le couche. Le plaisir qu’il obtient de moi, une jouissance froide, contrôlée, ne compte pas. Je ne violente plus mon
corps, il ne me tourmente plus, ne m’attendrit plus. Il pour­rit lentement, normalement.
Le jeune homme bleu est perdu, il ne sait pas où il va. Il ne porte pas de bagages. Pour prendre une décision quant à sa destination, il doit attendre que la brume se dis­sipe. Plus tard, vers midi, il dépliera une carte, se rensei­gnera auprès d’une paysanne, d’un garde-barrière. Pour le moment, à l’aveuglette, il bat la campagne, il avance presque sans le vouloir. Il arrive d’un pays chaud, le pays d’origine. Il s’y trouvait hier encore, c’est ce qui explique tout ce bleu en octobre. Il attend le petit soleil des midis en automne. Il tremble dans la brume. Il entend le passage d’un train.
Le jeune homme en bleu n’est qu’une image, une diapositive. Je ne dois plus y penser. Je ne le reverrai pas, ce serait un hasard, une circonstance incroyable.
Il n’a pas de visage, de squelette, de chair, de sexe. Il n’est qu’une tache bleue, une empreinte, une énigme dans la brume. Il ne me rappelle pas quelqu’un, une séquence heu­reuse, un lieu précis. C’est comme si je me souvenais d’un état que je n’ai pas vécu, que je dois vivre absolument ; on me l’a montré dans un autre temps, une autre vie. Ce jeune homme me fait mal parce que je ne souffre plus depuis long­temps.
A-t-il souri en entendant le train ? M’a-t-il méprisé ? Il n’a fait aucun geste dans la brume, ni salut ni bras d’honneur. Je n’ai pas pu le voir cracher.
Un garçon trapu
A côté de moi, dans le train, s’est assis un garçon or­dinaire, sans signe particulier, plutôt trapu. Soudain, contre toute attente, l’envie me prend d’empoigner ses couilles. Je me retiens de justesse.
Le garçon trapu porte un pantalon de flanelle beige de coupe médiocre, l’entrejambes pend jusqu’au milieu des cuisses. J’imagine que, sous la flanelle, à l’endroit de la fourche, tout l’espace est occupé. Il y a de la peau, des bour­relets de peau, de la chair en excédent, des glandes énormes, une forêt de poils. Le garçon y pose la main, il ne le fait pas exprès, il rêvasse. Sous la pression des doigts, le tissu ne tremble pas, ne reflue pas vers les aines.
Je suppose maintenant que le garçon trapu me de­mande si, sur ce trajet, on traverse des tunnels. Je réponds aucun. Je mens, il y en a quatre, longs et rapprochés, avant le terminus. Il dit dommage. Il dit qu’il fait chaud pour un mois d’octobre. Il hôte son imperméable, l’étale sur ses ge­noux, sur mes cuisses. Sous le vêtement encore humide, il saisit ma main, la presse contre son bas-ventre. J’ouvre la braguette, dégrafe la ceinture. Mes doigts ne rencontrent que du vent, du vide. Le garçon trapu regarde droit devant lui et sue à grosses gouttes. Pour calmer sa peur, j’admets que tous les voyageurs du compartiment sont descendus au der­nier arrêt. Alors, le garçon roule sa chemise jusque sous ses seins. Son ventre ressemble au ventre d’une poupée en cellu­loïd, lisse, rosé, glacé. Je ne fais pas l’étonné, mon index souligne la fine nervure de la soudure.
Fausto Coppi
Je descends du train, un homme, la trentaine, me suit. Il paraît contrarié ; de toute évidence, la direction que je prends ne correspond pas à la sienne. Je ne lui laise aucune chance, je m’avance imperturbablement, l’œil dans le vague, vers la station de bus qui me convient.
Il regarde sa montre, fait semblant de consulter le plan de la ville. Il ressemble à Fausto Coppi, au souvenir lointain d’une caricature de Fausto Coppi. Il porte un panta­lon de velours vert clair, démodé, très moulant. Je ne re­marque aucun renflement au niveau de la braguette. Il est 11 heures 57. Soudain, je demande à Fausto Coppi si je peux lui être utile à quelque chose. Je souligne le quelque chose, je le murmure, le fais traîner. Il me répond très vite qu’il doit prendre la ligne 9. Il ajoute qu’il travaille à 13 h 30 pile. Nous ne parlons plus. Je lis l’inquiètude dans ses yeux. Il a peur de son désir. Il a peur de son patron, un homme cruel, vicieux, qui le tyrannise. Il croit que je vais l’aider à se révolter, à oublier les horaires stricts, les semonces. Il se voit déjà taper du poing sur le bureau du chef.
Je ne l’invite pas à continuer de me suivre, mais il peut le faire, j’accepte sa filature. Il sourit faiblement et se dirige vers le départ de la ligne 9. Il se retourne plusieurs fois. Je monte dans le bus de la ligne 7. J’arrive chez moi à 12 heures 40. Je ne regrette rien.
(…)
 

(1) Le Dépli Amoureux, 1er trimestre 1988.
(2) Ne sont retenues ici que les séquences titrées. Entre ces sé­quences, en italique, selon un procédé cher à l’auteur, nous sont présentés les rapports essentiellement charnels entre le narrateur et un personnage prénommé Thomas. “Je m’en remettais au corps, à lui seulement. Le corps recevait le corps.”
 

SUJETS DE DEVOIRS
 
— Le point-virgule chez Michel Valprémy, usage et tempo.
— En quoi Michel Valprémy permet-il de faire le lien entre ces deux souhaits de Jean-Pierre Bobillot : “pour une littéra­ture gaie”, “pour un formalisme lyrique” ?
— “La vie d’un poète est celle de tous”, écrivait Nerval. Ici ou ailleurs ? En feuilletant l’œuvre, cherchez la vie. La vôtre aussi. Et l’autre. Cherchez bien.
— Rites, mythes, rythmes.
— André Gide écrit à Michel Valprémy, qui répond. Pas­tiches argumentés. Dans une troisième partie, vous imiterez qui bon vous semble. Attention : introduction et conclusion conformes.
— Littérature et saveur. Cuisinez l’étude d’un texte, au choix, de Michel Valprémy, à la manière des re-7 de Sylvie Nève. Mettez-y du sien. Retournez. Servez chaud.
— Michel Valprémy: un militant ?
— Danseur ou boiteux ? Pourquoi préfère-t-il ici deux verbes, deux adjectifs, deux compléments, et là trois, un, ou pas du tout ? Cour des miracles, ou ballet ? Justifiez votre réponse à travers un dialogue entre éclopés, monstres, avor­tons, bouffons, infirmes, petits et grands blessés, du pan­théon valprémyen.
— L’âme et le corps. Comparez, pesez. N’oubliez pas de donner les preuves.
— Les “sentiers de l’écriture”, le désert.
— Peut-on parler de littérature masculine, de littérature fé­minine ? Si oui, où ranger madame Bovary ? Colette ? Le journal d’un curé de campagne ? La Bible ? Si non, songez aux rimes, aux noms, à leurs articles et adjectifs, aux accord de genre, voire aux voyelles. Le langage est-il hermaphrodite ? Comment ? A partir d’une lecture de Michel Valprémy, distinguer les instances qui opèrent le distinguo. Esquissez une histoire littéraire de la sexualité. Dégagez sa spécificité par rapport àl’histoire, à la so­ciologie, à la psychanalyse, à la biologie. Posez d’autres ques­tions. Répondez. Vite.
— Pourquoi l’image de Thierry Dessolas “dans la lumière bou­langère de l’été” a-t-elle ravi Michel Valprémy? (Rappel : “L’air était une peau. Toutes les peaux devaient se con­fondre”.)
François HUGLO



JUGEMENTS DES CONTEMPORAINS
 




Ce maniement intense du tragique et du grotesque (quand je dis grotesque, je pense au suc intense de Gombrowicz), me laisse stupide, hébétée...
Sylvie Nève
Le chevalier trempé opère à chaud les flétrissures de l’ancienneté qui nous revient ; il se lance à la poursuite d’une immense prose aux poupées cassées, il entre & sort comme dans un moulin à prières, s’insinue en nous, s’insère dans l’étendue du désastre, prend place dans l’espèce pour conclure à son inachèvement.
Thierry Dessolas
Phrasé imparable, image poissant bien la rétine de l’œil pi­néal.
Ivar Ch’vavar
C’est toujours cette écriture si fine, si déliée, à la fois chavi­rée et limpide, serrant au plus près les historiettes, les pe­tites mytho­logies dont son monde est la proie. Texte contra­punctique où deux voix se chamaillent, s’épaulent, chacune en son registre : l’enfance, la trivialité, la foudre, les cruau­tés. Phrases dont cha­cune est à grignoter, suçoter délicate­ment : luxuriance et mesure, cela tient du miracle.
Christophe Petchanatz
Œuvre baroque, vision cruelle, apocalypse antique, La Boue as­pire à elle la création, comme un siphon mouvant des rêves... On suit cette impeccable projection d’arrière monde avec horreur et malice, comme envoûté par l’atroce, avec une gourmandise du pire.
Jacques Morin
Il pleut l’ange est de fort belle venue (où nous entendons l’accrochage).
Gaston Criel
Tous échevaux évidés reste la hampe, torsadée mais nue. L’emblème. Dressé, le blason. Ecriture d’un corps, corps d’une écriture.
François Huglo
A ras les braguettes de pantalon.
Françoise Favretto
Entre Boue & Kaolin, entre larve & envol, le mythe — troué — fuit de toutes parts & montre son — ses — envers, tel le Pierrot, le funambule métamorphosé en Auguste & montre son derrière ou son crâne — ou tertre — rasé. Ubac des chairs métaphoriques, petites révolutions des gènes. Les immenses craquements de l’iceberg — cataractes & cata­chrèses — angoissent sous la page espérément blanche où les poissons cavernicoles. Minutie fati­guée & fougueuse (“fin de siècle?”) du myope et du Cyclope &, jamais trop en­fouie au noir de la caverne primitive ou primale, le senti­ment de la pestilence.
Jean-Pierre Bobillot
... écriture de pertinence & de complétude qui rejoint les quelques rares motifs d’Œuvre qu’il me plaît rouvrer et rou­vrir au Jardin des Désespérides.
Francis Giraudet.
Toute fêlure fera signal.
Guy Ferdinande
Coktail fruité sous les aisselles de la terre.
Jacques Josse