Morceaux choisis de Jean-Pierre BOBILLOT (extraits)

1992

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JEAN-PIERRE BOBILLOT - MORCEAUX CHOISIS
1992
Edition commentée avec Notes, Notices bio-bibliographiques, Jugements, Exercices, et une introduction par Alain Frontier
Illustrations de l’auteur
 

Dans la nuit des germinations le chemin de l’étoile est un lit renversé.
Stéphane Mallarmé
 

 
FABLE DES CHATIERES
 
NOTICE
J.-P. B., le poëte, par Alain FRONTIER • Repères biographiquesBibliographie abrégée
POÉSIE LYRIQUE & SENTIMENTALE
seuil • “griffe figure figue flétrie...” • électre aphone • “t’invite à la chute...” • “la foule des écumes meurtrières...” • Liane ou les amours vertesLusteBaba GayaEell, hapaxChambrePrécautionsMange, m’angePoint su­blime Aven-volucreA une Dame
EN LETTRE.S DANS LE TEXTE
sortiesDizain designHégémonie des géminéesles troubles reprirent, accompagnés de visions toujours plus inquié­tantesCirconstances : désastre“Piezo, Manon, troppo”Absence de Cariatidesèd’ brgl-bêk.k l’ grzgh (g!) în brl.g.gue”
RÉFÉRENCES FIN DE SIÈCLE
(Notice)L’oeuvre posthume de “MM.” Burke & Hare, assassinsSonnet sur la mort de M. Stéphane Mallarmé, Poëte
POÉSIE CRITIQUE / CRITIQUE DE LA PO- ÉSIE
Notes sur la poésieLocutionsRéponses à des en­quêtesLes sept maximes de l’écrivain Schwartz Le degré infini du style ImproïtIls les ont supprimés les ch’wing-gums au goût d’pêche-abricot de nos premiers bai­sers-soleil...Prosopopée-viscères
ÉTATS CRITIQUES (& AUTRES)
La vueLes lieux communicantsDe mèche avec sa créature & preuves d’artisteApparitions, dispari­tions de morceaux de la caravane (dans le cadre) Panique c’est vite écrit Impression d’étéWorms in po.graiss’ (presqu’) ready dead
NOTICE (suite)
Sujets de devoirs, par Alain FRONTIER • Quelques jugementsFable des chatières
 



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Repères biographiques (1950-1992) (1)
 
1950 — Naissance le 12 janvier à Paris, de parents bourgui­gnons fraîchement débarqués dans la capitale à la recherche d’une vie meilleure... Enfance pauvre et solitaire, dans le 13ème, puis le 12ème arr. : “îlot Chalon”, quartier particulièrement “sen- sible” durant la phase finale de la Guerre d’Algérie (1958-1962). Des professeurs perspicaces insistent pour qu’il poursuive des études classiques : lycée Charlemagne (1961-1967). Il se pas- sionne pour l’antiquité, la grammaire et tout ce qui touche au langage, et rêve de devenir archéologue. Peu de goût réel pour la littérature...
1967 — Lit passionnément Gide et se découvre un goût immo­déré pour la littérature !
1967-1971 — Bac “philo”, puis hypokhâgne et khâgne au ly­cée Louis-le-Grand (1967-1970) : il assiste avec intérêt aux évé­nements de mai 1968, mais ne parvient pas à se reconnaître tout à fait dans le discours “gauchiste” (encore moins, dans le dis­cours “anti-casseurs” !). Etudes de philologie indo-européenne, puis maîtrise en dialectologie grecque (1972). Métamorphoses successives à la lecture des auteurs du Nouveau Roman (Les Gommes au “Jardin des Plantes” dans l’éd. 10/18 avec une repro­duction de Chirico en couverture...), de Joyce, Jarry, Tzara, etc. Mais aussi, rock : psychédélique, puis Frank Zappa, le Bonzo dog band... ; et cinéma : Bergman, Godard, Rivette, les vampires et les Marx Brothers...
1971-1974 — Lecture de Roland Barthes, des auteurs de Tel Quel. Premières tentatives d’écriture, principalement en prose, sous la double invocation de Mallarmé et du Nouveau Roman.
1974 — Premier texte publié, sous un pseudonyme, dans Ca- valier seul, “bulletin d’information mensuel publié par Cheval d’Attaque” (ronéoté) : c’est une étude sur Une prison, poème d’A- lain FRONTIER, qui avait été l’année précédente son “conseiller pédagogique” (éd. Cheval d’Attaque). Lecture des “électriques”, des surréalistes belges, des poètes québécois, de maintes revues d’alors, dont TXT.
1974-1975 — Carvin (Pas-de-Calais). Rencontre Sylvie NÈVE, élève dans la classe de 1ère où il tâchait d’enseigner le français : achève et lui dédie Cris du Griffon ; écrit, passion- nément, Le sang d’Electre.
1975-1976 — “Service actif” en Allemagne. Lecture de Lyotard, Deleuze-Guattari, Debord, etc. Fébrilité théorique et poétique : Autogënes slapsticks, Fragments du manuscrit..., Pri- ses mul­tiples, etc. L’automne 75 voit ses deux premières publi- cations d’importance, dans les revues Cheval d’Attaque et Minuit : au­cun écho...
1976-1980 — Arras (Pas-de-Calais). Expérimentations poé­tiques, plastiques, sonores. De nombreux textes en prose abou­tissent, finalement, à un roman, Promenade interdite (1978-1980) : tous les éditeurs sollicités le refusent, sans un mot...
1980 — Premier avatar public du “PoëmeShow”, spectacle poé­tique évolutif de J.-P.B. & S.N., à la Maison de la Culture d’A- miens. Ils n’ont cessé, depuis, d’y travailler et de le donner dans des versions chaque fois différentes. C’est l’époque de Tarta- lacrÈme et de Crevez le matelas de mots ! Sa première plaquette est publiée à Beauvais, par le groupe “Le lumen”.
1983 — Entreprend une thèse d’Etat sur “la crise d’identité du vers dans la poésie française, 1873-1913”. De nombreux ensem- bles de textes, plus ou moins expérimentaux, sont en chantier ; de cer­tains, sortiront Eff&,mes rides, Lectio difficilior, Dieu est mort stop cadavre introuvable stop recherches se poursuivent active­ment roman, etc.
1985 — Fonde avec S.N. l’association “Les amis des Poëtes & Lépreux d’Arras” et la collection Électre, qui comprendra plu­sieurs séries : volumes collectifs, cassettes, plaquettes (J.-L. Houchard/J.Abeille, J.-P.B./Nicolaï, S.N./M.Desideri, Th. Des- solas/J.Taris, P.Courtaud, V.Bourrec, J.Bernimolin, B.Heidsieck /Fr.Janicot, M.Lecamp, A.Robinet, etc.), puis, à partir de 1989, la revue Maison Atrides & Cie. S’y combinent un certain é- clectisme et l’affirmation de positions théoriques et de postures esthétiques relevant de la plus tranchante “modernité”.
1985-1990 — Fournit régulièrement des chroniques, de plus en plus abondantes et polémiques, à la revue 25 Mensuel, puis M25 ; ce sera la matière première de La momie de Roland Barthes (1987-1989).
Parallèlement, des liens d’amitié et de connivence artistique se tissent, d’abord autour de M25 (Françoise FAVRETTO & Robert VARLEZ), puis des revues La Poire d’Angoisse (Didier MOU- LINIER) et Pli, puis Le DÉpli amoureux, puis Le Grand hors-jeu! (Dan & Guy FERDINANDE). L’habitude se crée, ici (Nord de la France) comme là (Gironde, Périgord), de rencontres annuelles agrémentées de lectures et de performances auxquelles il participe en compagnie de S.N., ainsi que Jacques IZOARD, Thierry DES- SOLAS, J.-P.ESPIL, Michel VALPRÉMY, Lucien SUEL, Gaston CRIEL, Ivar CH’VAVAR, etc.
1988-1991 — Se consacre de plus en plus à la théorie et à la re­cherche : publications dans la revue PoÉtique, etc. Cependant, l’écriture le requiert : il achève des recueils “à rédaction lente”, tels que Fragments d’un retable païen, Tombeau d’Isidore Ducas- se, poursuit Eff&,mes rides, rédige une “prose frénétique”, L.N. Destroy / Vulve basse. Très impressionné par les films de Peter Greenaway.
1991-... — Achève et soutient sa thèse en Sorbonne. Première re­présentation intégrale de “Dadamix”, avec S.N., à l’invitation des “Bouseux psychédéliques”, à La Tirmande (Pas-de-Calais). Ils y travaillaient depuis 1988. Travaille simultanément à une ver­sion remaniée de Promenade Interdite,
...-1992 — à la refonte de la thèse, à un livre sur Bernard HEIDSIECK, et aux présents “morceaux choisis”...

(1) On pourra, en outre, lire un “portrait littéraire” de l’auteur dans L’homme qui sue, de Sylvie Nève, éd. Garenne, Lyon 1991.
 



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L’OEUVRE POSTHUME
DE
“MM.” BURKE & HARE, ASSASSINS (4)
 


Où Calliope & Aristide, à rebrousse-Temps, ont revêtu les traits figés de deux célèbres criminels, & changent irrémédiablement le cours de l’évolution littéraire...
 
Prologue.


“Ah ça, mais ! serait-ce point l’illustrissime Auteur du Livre de Monelle ?” (5)
Vidé d’un trait, le bock, dont un reste de mousse encore, ici, là, adornait – autant que la broussailleuse moustache grise – l’épaisse paroi de verre embuée où venait fulgurer, et fondre, maint halo, s’abattit bruyamment juste au bord de la table en bois massif, presque noir d’être infiniment maculé, entaillé d’un réseau inextricable d’esquisses, impacts de lames fichées d’un coup sec, inscriptions incomplètes ou obscènes qu’il tentait depuis tout à l’heure, de plus en plus laborieu­sement, de plus en plus vainement, de démêler.
Les doigts courts et velus demeuraient crispés, un peu tremblants, sur l’anse – tandis que, de l’autre main, il affec­tait de nettoyer, avec un air exagérément contrit, les taches dont la brusquerie maladroite de son geste avait en un instant constellé, non seulement la manche (qu’il frottait), mais di­vers endroits de son costume, à l’étoffe passée, et râpée. Et s’essuyant du pouce les lèvres, il soupira :
“Va encore être fâché, Monsieur Durtal...” (6) Puis, re­pous­sant d’un revers nerveux du bras son verre vide, il con­clut misérablement :
“Pauvre Lelian !” (7)
D’abord hésitante, la silhouette dont l’apparition – sou­daine, mais peut-être pas inopinée – à l’extrémité opposée de l’immense salle bourdonnante de conversations interrompues, reprises, entrecroisées, de soudaines querelles, de chansons, de rires ivres ou forcenés, de cris, résonnante de toutes sortes de chocs, de tintements, de toux plus ou moins identifiables, l’avait fait se lever d’un bond et déclamer d’une voix puis­sante, roulant avec ostentation les r et détachant soigneuse­ment les syllabes, cette impertinente adresse, – la silhouette, donc, traversant avec détermination le pub enfumé, se frayant des coudes un chemin à travers cette foule chaude et moite, naïvement brutale, de marins, de dockers, de filles, de soldats et d’aventuriers, se sera bientôt rapprochée, précisée et – oui, c’était bien lui – se tenait là, l’air grave et émoustillé à la fois :
“Alors, londonien, Meussieu l’Auteur du Livre de Mo­nelle !?
– Bougre de...”, grommela vers les seules oreilles de M. Mallarmé un homme jeune, bien qu’il ne le parût pas, mal habillé, gros et portant moustache, au regard inoubliablement bleu – amusé.
“Du hasard qui concourt et des circonstances qui se gaus­sent”, énonça M. Mallarmé. “Ce matin, notre grand Poëte croyait déjà vous apercevoir sur un quai, en matelot s’il vous plaît (les plus beaux hommes, assurait-il...), et pariait trois absinthes que c’était vous. Je n’ai pas parié, mais à moi aussi il sembla qu’il y eût du Schwob dans l’air, ou bien de la diablerie ! Alors, ça ! si Huysmans était des nôtres... Il ju­re­rait à quelque conjonction des Rose+Croix destinée à mettre en péril nos santés. Littéraires, s’entend : pour le reste, elles sont bien ébranlées !
“N’empêche... vous, ici-même ! Nous ne nous étions pour­tant pas donné le mot. Que venez-vous chercher en ce pub douteux où Verlaine, bien contre mon gré, m’entraîna ? L’odeur d’une proche nouvelle ? Seriez-vous le spectre de Schwob ? celui de Shakespeare ? Courez-vous après Steven­son, Moll Flanders ou bien Moreno ? Hum... Eh oui, mon cher, bougresse ou non, les news vont vite, même à Londres! En attendant, ne l’accaparez pas toute, n’oubliez pas: c’est elle qui dit mon Hérodiade ! Maintenant, allez, as­seoyez-vous ; avouez tout de go qui vous hantez, nous vous dirons qui vous êtes !
– Je ne hante que de pauvres lieux, pauvre écorcheur des mers en mal de jaja, de jargon ! Je ne glane que de vilains maux, et des mots. (8)
– Ah ! non,” interrompit le Poëte taché, “vous vous gou­rez: Richepin est un autre, moi is Verlaine, grand buveux (9) frayant l’Eternel !” Puis, se tournant vers Stéphane Mallar-mé : “Crénom, l’Professeur ! faites-y dire quel Marcel Schwob c’est là !
– C’est bon, je me mets à table...” Ce qu’il fit. “Ni ma­rin, ni journaliste, ni Mage, non plus qu’un Adoré Flou-pette(10), ou même... Alphonse-Ferdinand Schwartz !!”
Les yeux de Marcel Schwob pétillaient plus que de cou­tume.
“Qui c’est, ça ?”, gronda le vieux Poëte ; et, bombant le torse : “Un nouveau Cymbaliste Alboche ?
– Monsieur Verlaine,” répliqua Schwob, “vous demande­rez à Huret (11) ; quant à moi, je suggère que vous lisiez à voix haute.”
Verlaine s’empara du feuillet, et, plus docte que jamais, commença, écumant :
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Rien ne bougeait sous le gros front plissé ; toute la face, trop pâle, du Silène se résumait à cette bouche abstraite qui pesait avec minutie chaque syllabe, chaque silence, pliant la torse syntaxe aux césures et aux coupes – osant, par une lec­ture rigoureusement métrique de ce qui, pour son improbable auteur, n’était sans doute qu’une simple pochade, en exprimer (comme d’un fruit, le jus) la poésie...
“Permettez-moi, cher Maître, de vous présenter ce mo­deste, mais premier, numéro d’une revue qui n’en comptera peut-être guère d’autres, que fonda nouvellement une ardente co­horte de jeunes Poëtes, dont quelques-uns se déclarent, le plus sincèrement, vos disciples, c’est : ‘Le Plumier ca­maïeu’. Celui-ci me fut adressé par le facétieux signataire des vers que M. Paul Verlaine vient, admirablement, de nous dire; et il porte cette charmante mention manuscrite :
A Marcel Schwob, très-respectueusement, je dédie telle péripétie d’un Sonnet fameuX, dite Sonnet X ; pour le bailleur et pour le sbire, un moment d’aventure en sol litté­raire...
Alphonse-Ferdinand Schwartz.
– Littéraire,” hasarda le Maître pensif, “le travestissement est un genre, on veut croire, prisé de nouveau. Soit. Le rôle du pître farcé me va, after all, bien : il est bon, n’est-ce pas? que des choses nous échappent – la Postérité n’est pas loin...
– C’est ça !”, admit Verlaine et, se levant : “Buvons à elle, Pros... territé !”
Les chopes s’entrechoquaient, Monsieur Verlaine en­chaîna : “Parce que, Schwob, éclaire-nous là-dessus, paraît que chez Montesquiou, quand on trinque, on dit : ‘Prose Prussienne !’ C’est-y vrai !?”
Les rires des trois messieurs français – celui qui sort de l’hôpital, celui qui va y entrer, l’insomniaque retraité – se mêlaient indistinctement au brouhaha des forts en gueule, des éméchés, des habitués, du petit monde cosmopolite qui traîne à la vitrine des flots.
Bel, ambré, le breuvage conserva longtemps sa fraîcheur et sa mousse, malgré la fumée des bouffardes et la chaude tor­peur gouailleuse qui gagnait ce milieu d’après-midi d’hiver. Mais le moment arriva où le bock de M. Verlaine était, une fois de plus, vide.
“C’est ma tournée, on trinque encore !” et, se levant sou­dain: “Pros... ternité aux Femmes de Lettres !”, ricanait-il, ou bien s’apitoyait-il joyeusement : “Pauvre Lelian, Homme de Lettres !...” Puis, aussitôt : “Holà ! ma jouvence brune !” On tardait, sans doute, à servir une nouvelle pinte : il frappa du poing sur la table.
M. Schwob et M. Mallarmé tentaient de réfréner ses ar­deurs. “Du respect ! Pour qui me prenez-vous ? J’ai même bu de la gueuze en Belgique !... C’est tout de l’iau qu’on pisse en un coup !” Se rasseyant lourdement : “Les Hommes de Lettres pissent-ils ? Une question pour un de vos banquets, l’Professeur !
– J’y penserai... Mais, pour l’heure, il nous semble que la Dive Bouteille n’ait plus grand’chose à nous apprendre. Venez, faisons quelques pas : vous nous parlerez de la Bel­gique...”, insinuait M. Mallarmé. “Nul doute, au demeu­rant, que nous ne trouvions une autre taverne...” Mais, le Poëte assoiffé tempêtait : “Non non, on ne trouvera pas mieux, je vous en fiche mon billet ! Allez-vous en : moi, je reste !”
C’est alors que M. Marcel Schwob intervint :
“Et, si je vous assurais, à quelques rues d’ici, une ivresse nonpareille, un frisson d’ivresse comme jamais à la vérité vous n’en connûtes – sans que pour autant la plus infime quantité d’alcool y eût part : consentiriez-vous à me suivre ?”
Le visage était grave et l’œil s’éclairait étrangement. “Quoi ? pas une goutte d’absomphe ?” Ignorant le vieux Poëte qui se lamentait, Schwob, jouant les conspirateurs avec dé­lectation, s’était approché davantage et, s’étant fait prier, il confia :
“Vous vous souvenez probablement de ces deux crimi­nels, nommés Burke et Hare...
– Certes, dont vous nous contiez, naguère et d’une plume si... confraternelle, les exploits.” Visiblement touché de cette marque d’intérêt du Maître pour ses écrits, il continuait :
“...et du célèbre galetas où, rituellement, ils officiaient. C’est aujourd’hui un de ces musées de cire dont raffolent, tout particulièrement, les Anglais. Oh, ce n’est pas Mme Tussaud’s, mais cela ne manque, ni d’habileté dans... com­ment dire... l’exécution, ni, dans la mise en scène, de charme : on y voit Burke et Hare en personnes, en action – immobiles et luisants !
“J’ai soudoyé le gardien. Moyennant pence, j’y passe la nuit ! Serez-vous des miens ?
– Oh oh !”, dit, songeur, M. Mallarmé, “est-ce à une tal­king-cure (12) assassine que vous nous conviez ?”

(4) Dernière des trois fictions constituant les Séries Moires, de Syl­vie Nève & J.-P.B. Inédite (la seconde, intitulée Epinglé d’or, est parue dans La foire à bras, 1984). Le personnage principal de Les mé­tamorphoses de Calliope, conte érotico-mythique de S.N. (Cadex, à paraître), et celui de Promenade interdite, roman inédit de J.-P.B., s’y rencontrent à l’occasion de trois aventures spatio-temporelles, qui sont autant de réécritures de nouvelles de Marcel Schwob : ici, de MM. Burke et Hare, assassins dans Vies imaginaires. Hiver 1986. Texte modifié à partir du manuscrit.
(5) Marcel Schwob, que cette périphrase désigne, ne supportait pas d’être ainsi étiqueté ; on raconte qu’il grommelait alors : “Bougre de con...”
(6) Allusion à la collecte, qu’organisa Huysmans auprès de maints écri­vains et artistes, pour rhabiller Verlaine – qui eût préféré de l’argent : mais Huysmans savait qu’il se serait empressé de le boire ! Durtal : per- sonnage central de plusieurs romans de J.K. Huysmans (Là-bas, En route...), sorte de double de l’auteur.
(7) On sait que Verlaine usa de cet anagramme pour se désigner lui-même, dans Les Poëtes Maudits (deuxième série), parus en 1888.
(8) Infatigable érudit, Schwob est l’auteur d’études sur François Villon, sur le jargon des “Coquillards”, traduisit Macbeth et Hamlet de Shakes­peare, Moll Flanders de Daniel de Foe, et voyagea dans le Pacifique sur les traces de Stevenson. Il épousa la comédienne Marguerite Moreno, dont Mallarmé prisait le talent et qui fut l’interprète de Sacha Guitry...
(9) Ce mélange d’anglomanie et de picardismes est caractéristique du Verlaine familier : voir sa Correspondance...
(10) Auteur prétendu d’un recueil pastichant la poésie “décadente” : Les Déliquescences, paru en 1885.
(11) Verlaine, comme Mallarmé, avait en effet répondu aux questions de Jules Huret, dans le cadre de sa fameuse Enquête sur l’évolution lit­téraire, publiée dans l’Echo de Paris en 1891.
(12) Expression forgée par Anna, patiente de Breuer, et reprise par Freud, pour désigner la méthode d’“associations libres” qu’ils étaient en train d’inventer. On ne sait trop comment Mallarmé en eut vent – sinon, peut-être, justement, par l’encyclopédique Schwob...






NOTICE (suite)
Exercices
 
Sujets de rédactions
1. Sylvie Nève, une jeune élève de troisième du Collège *** d'Ar- ras, vient de lire pour la première fois de sa vie un poème de son professeur de français Jean-Pierre Bobillot. Elle écrit à sa grand-mère pour lui faire part de son émotion.
2. Didier Paschal-Lejeune, fondateur et directeur de la revue litté­raire Cheval d'attaque, reçoit chez lui Jean-Pierre Bobillot. Les deux hommes s'entretiennent de la fonction politique de la poé­sie. Imaginez le dialogue.
3. Le poète Stéphane Mallarmé, de retour chez les vivants, s'en- tretient familièrement avec Jean-Pierre Bobillot sur le vers fran- çais. Racontez la scène.
4. Jean-Pierre Bobillot s'apprête à soutenir sa thèse de doctorat. Dans la cour de la Sorbone, il rencontre son ami Alain Frontier, venu pour l'encourager. Racontez.
5. Jean-Pierre Bobillot et Sylvie Nève font une lecture publique dans la grande salle du Centre Georges Pompidou de Paris. Dans une première partie, vous décrirez la salle et le public avant la lecture. Dans une deuxième partie, vous ferez le portrait physique des deux poètes, en vous attachant notamment à décrire minu­tieusement leur tenue vestimentaire. Dans une troisième partie, vous décrirez l'effet produit par leur lecture sur le public. Vous conclurez en dégageant rapidement ce qui caractérise selon vous leur poétique.
6. Le grammairien Alphonse Dorlot écrit à Jean-Pierre Bobillot pour lui reprocher d'écrire poëte avec un tréma. Jean-Pierre Bobillot lui répond pour se justifier. Rédigez les deux lettres.
7. Le poète Christian Prigent téléphone à Jean-Pierre Bobillot pour lui reprocher son formalisme. Faites revivre le dialogue, en ne rédigeant que les réponses de Bobillot.
8. Dans un moment de mauvaise humeur, Jean-Pierre Bobillot re­fuse le prix Nobel qui vient de lui être décerné. Il explique ses rai­sons à un journaliste de la Cinq.
Grammaire
(…)
4. Analyse logique de la phrase suivante :
“Il s'agit au contraire, elle s'agite, de "faire signe" (l'expression, comme dit le populaire, "dit bien ce qu'elle veut di- re" : "signe", comme "l'amour", change de sens quand il est pré- cédé de "faire"...) : le vieux conflit esthétique/sémantique — que ne régleront jamais les pseudo-solutions de type sémantique (structuraliste, etc.) pas plus que les pseudo-solutions de type es­sentialiste (dévoilements, retours à...) — s'y dynamise &, à la fin, s'y abolit ("bibelot...") dans une visée ouvertement dialec­tique & pragmatique dont témoigne, de manière immédiate (brute) & non sans une certaine violence, une volonté de provoquer, pré- cisément, le rire, l'étonnement, une crispation ou, plus fonda- mentalement, la glose...”
Versification
1. Le poème intitulé De mèche avec sa créature, & preuves d’artiste [p.97] est présenté comme un “sonn&-portrait à entorses & entourloupes”. Vous en analyserez avec précision la structure métrique, et vous demanderez en quoi il mérite et ne mérite pas l'appellation de sonnet.
2. Étudiez le traitement de l'e muet dans la poésie de Jean-Pierre Bobillot.
3. Relevez, dans l'œuvre de Bobillot, tous les alexandrins de structure classique.
4. Verlaine, dans un poème célèbre, traite la rime de “bijou d'un sou”. Vous observerez les poèmes (vers ou prose) de Bobillot et chercherez à définir la place qu'y occupe la rime.
Vocabulaire
1. Le poème intitulé Les Lieux communicants [p.96] com­porte un grand nombre de locutions usuelles ou proverbiales comme “froid dans le dos”, “de fond en comble”, “tête à queue”, “faire la sourde oreille” etc. Relevez toutes les locutions de ce genre qui sont contenues dans l'ensemble du poème, et indiquez éven- tuellement les modifications que l'auteur y a apportées.
2. Étudiez l'utilisation du vocabulaire exotique dans le texte inti­tulé Apparitions, disparitions de morceaux de la caravane [p.98]
3. Relevez tous les gros mots contenus dans les poèmes de Jean-Pierre Bobillot. Sont-ils nombreux ? Quelle conclusion en tirez-vous ?
L'intertexte
1. Relevez, dans le texte intitulé De mèche avec sa créature... [p.97] toutes les allusion à l'œuvre d'Hergé. On indiquera à chaque fois le titre de l'album et le numéro de la page.
2. Relevez les mots anglais contenus dans les textes de Jean-Pierre Bobillot. Étudiez avec précision la manière dont ils s'articulent avec le contexte. Comparez avec Les mots anglais de Stéphane Mallarmé.
Sujets de dissertations
1. Alphonse Dorlot écrit (La Grammaire du pauvre, p. 228) : “Jean-Pierre Bobillot peint les hommes tels qu'ils sont, Sylvie Nève tels qu'ils devraient être.” Discutez.
2. P.C.V. Boiste (auteur du Dictionnaire universel de la Langue française, avec le latin ; Manuel de Grammaire, d'orthographe et de néologie, extrait comparatif, concordance, et supplément des Dictionnaires publiés jusqu'à ce jour..., Paris, 1812) définit la poésie comme étant l'“art de faire des ouvrages en vers” ; Émile Littré, dans son Dictionnaire de Langue française de 1874, ajoute que poésie peut aussi se dire “de tout de qu'il y a d'élevé, de touchant, dans une œuvre d'art, dans le caractère ou la beauté d'une personne, et même dans une production naturelle” ; enfin, pour Madame de Staël (1766-1817), “la poésie doit être le miroir ter­restre de la Divinité, et réfléchir, par ses couleurs, les sons et les rythmes, toutes les beautés de l'univers”. Ces trois définitions vous semblent-elles pouvoir s'appliquer à la poésie de Jean-Pierre Bobillot ?
3. Méditant sur le fameux apophtegme d'Isidore Ducasse qui dé­clare que “la poésie doit être faite par tous”, Jean-Pierre Bobillot affirme le principe d'une “co-énonciation intersubjective”, et il conclut : “la poésie, c'est la critique — &, en tout premier lieu, la cri­tique de la poésie”. Vous discuterez cette affirmation en vous in­terrogeant sur la place qu'occupent éventuellement dans l'œuvre de Bobillot la subjectivité, l'intertexte et la critique.
4. Au dire de son contemporain Racan, Malherbe “comparait la prose au marcher ordinaire, et la poésie à la danse.” De son côté, Denis Roche écrit, dans Louve Basse : “Je danse parce que j'ai peur.” En vous fondant sur l'analyse approfondie de quelques exemples précis, vous vous interrogerez sur la fonction du geste dans la poétique de Jean-Pierre Bobillot.
5. Selon Antonin Artaud, “tout vrai langage est incompréhen­sible”. En vous fondant sur l'analyse précise de quelques poèmes judicieusement choisis, vous vous demanderez si le langage de Jean-Pierre Bobillot est un vrai langage.
Alain FRONTIER